Max Rippon et la route du saccharhum

 

« Entre sillage et sillon chaque trébuchement est une construction d’autres socs enfoncés dans la chair de la terre » Max Rippon

Max Rippon (1944-) est  le fils spirituel de Guy Tirolien (1917-1988). Il a d’ailleurs il y a plus de trente ans effectué la traduction en kreyol de quelques-uns des 33 poèmes  de ce dernier publiés  à Présence Africaine en 1961 et assemblés sous le vocable Balles d’or. A l’intérieur de ce recueil figure la fameuse « Prière d’un petit enfant nègre » qui date elle de 1943. Mais moi j’ai surtout mémorisé une ligne de son poème     « Redécouverte » où comme dans le Cahier d’un Retour au pays natal de    Césaire en 1939 il constate avec effroi que

« … rien n’a changé.

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,

Et l’air chargé de sueur »

En 1977 Guy Tirolien publiera Feuilles Vivantes au Matin. dont le titre est tiré du dernier vers d’un poème de Saint-John Perse du livre Anabase écrit en 1924 et intitulé « Chanson » qui dit

Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire

Il y a entre Rippon et Tirolien des vases communicants étranges car Rippon est né à Grand-Bourg, Marie-Galante tandis que Tirolien est mort au même endroit. Tirolien est né à Pointe-à-Pitre tandis que Rippon a quitté   Grand-Bourg à l’âge de 11 ans pour s’installer à Pointe-à-Pitre. Les deux parcours galantais se complètent. L’un prend le français au collet tandis que l’autre fait la part belle au kreyol.

D’autres influences sont celles qu’il a reçues de poètes radicaux comme Sonny Rupaire et Hector Poulet, partisans d’une poésie créolophone et engagée que Rippon a longtemps pratiquée et surtout déclamée. Il se démarque des autres par son style, son créole basilectal marie-galantais et sa préciosité, son raffinement, sa recherche qui rendent parfois son texte hermétique mais qui font résonner en nous sans que l’on sache bien pourquoi les flux et reflux de la singularité créole.

Rippon commence en  fait quand Tirolien finit. Il publie en 1987 dans la propre maison d’édition Aicha son premier ouvrage Pawol Naïf suivi en 1989 par Feuille de Mots aux Editions Jasor.

Voici ainsi son poème extrait de : Débris de silence (2004)

Débouya sé péché ou sav

Débouya pa péché

yo fè-w akwè

konplo a nèg sé konplo a chyen

yo fè-w akwè

palé kréyol sé pawol a nèg-dalo

yo fè-w akwè

nèg ni mové mannyè

nèg ka kaka an tou

nèg sé dènyé nasyon apwé krapo

yo fè-w akwè

é ou kwè tousa dépasé kwè

ou kwè lanmè sèk

ou kwè ravèt pani rézon douvan poul

ou woufizé mèt lèspwi a-w

égal pat égal mòdan

pou péyi-la pran lèv an avan

é flangé lanm kon penn-kanno cho défouné

ou woufizé bwaré lang a manman-w

ou wounonsé tété an manmèl

ou woufizé triyé diri é pach an tré

ou lésé van vanné pawòl ki di-w

débouya sé péché

kokangé sé honté

prangad

ou woufizé tann lokans hélé an koulé

prangad

fwè gadé kò a-w an fas

kenbon

fouwé zotèy a-w an fon tè gras

pou rédé péyi-la vansé

ti-tak douvan

Max RIPPON

J’aime ses poèmes mis en musique par Urbain Rinaldo comme ici Mawonnaj, extrait lui aussi de Débris de Silences.

et autres comme Perdre pied et attendre, tiré du même opus.

Max Rippon vient de commettre un ouvrage à trois mains autour d’une graminée. A lui le texte poétique, à Alain Darré les photos sur support d’aluminium (subligraphie) faites à Marie-Galante, à Michel Gravil la composition musicale. Quant aux prises de son qui nous immergent dans les flèches de canne, les machettes, le vesou, la mélasse et le clairin, elles sont de Ludovic Sadjan.

Tout cela pour retracer l’odyssée du rhum, ou plutôt la route du rhum intime de chacun qui est d’abord la route de la canne à sucre (Saccharum officinarum) en prenant pour héroïne l’île aux cent moulins. L’ouvrage s’appelle Saccharhum. L’exposition a été présentée à Saint-Malo avant le départ de la Route du Rhum du 6 octobre au 4 novembre 2018 et sera présentée à Pointe-à-Pitre du 9 au 30 novembre.

 

Vingt-quatre mille quatre-vingt-dix jours à quatorze heures vingt-cinq

A chaque jour que sonne deux heures vingt-cinq de l’après-midi je célèbre ma vie. Et aujourd’hui pour la vingt quatre mille quatre-vingt-dixième fois de mon existence je me célèbre. Je vaux désormais 66 carats. Et je me mets immédiatement en route pour le soixante-septième parallèle où, je le sais, m’attendent d’autres précieux carats sur le chemin de la Caféière.

Et dans la foulée je me félicite et je congratule ceux qui m’ont introduit dans le grand bal des débutants de ce monde. C’était un jeudi après-midi il y a 66 ans jour pour jour dans la ville de Saint- Claude au pied du Cyclone. Quand je dis au pied du cyclone comprenez au pied du volcan. Car pour moi cyclone et volcan sont deux frères jumeaux et forment la Soufrière. Je tiens cette information de quelqu’un d’extrêmement initié et averti, Jeanne dite Fillote, gadedzafè et vendeuse de feuillages devant l’éternel, que je n’ai jamais connue mais qui de temps à autre guide mes pas quand je me trouve à un carrefour incertain. Elle m’apparaît sur un promontoire et comme un panneau indicateur m’indique la route du vent et du volcan. Elle a quitté l’horizon dix-neuf ans avant que je n’y atterrisse. Mon père a ma naissance avait vingt-neuf ans et était alors boulanger, ma mère 21 ans, sans profession. Ils habitaient m’a-t-on dit, car de ce jour-là je ne me souviens pas ni des deux mille jours qui suivirent, à Caféière, Saint-Claude. Je n’en ai aucun souvenir. De Saint-Claude je me souviens de Morin, du cimetière, de l’église, du volcan, de l’hospice Saint Hyacinthe, de Matouba, de Dugommier, de Galard mais étrangement pas de Caféière ni d’un bar appelé Grant que mon paternel et ses amis fréquentaient assidûment. Je suppose que comme toute Caféière qui se respecte il y a du café, que l’air y est plus frais, et que tout cela se passe dans les hauteurs. J’ai aujourd’hui 66 ans et aujourd’hui pour la première fois de ma vie consciente je foulerai le sol de Caféyère . Si toutefois je ne me perds pas dans les ruelles, si je ne fais pas capoter la voiture dans les dalots. Je suis né au lieu-dit Camp-Jacob deux jours avant la fête des morts qui bien qu’officiellement se fête le deux novembre est fêtée en grandes pompes le 1er novembre. C’est le concierge de l’hôpital du Camp Jacob qui m’a déclaré le 1er novembre, jour de Tous les Saints, un samedi matin à 8 heures. Il s’appelait Homère Valentin Pierre, il avait 38 ans et habitait lui aussi Saint-Claude. Acte de naissance 869 du 1er novembre 1952. J’entrais alors en grandes pompes solennelles dans le concert du monde.

J’ai testé la grand-messe du dimanche à Honoré

Dimanche 21 octobre 2018, paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Couleur liturgique : vert. 29ème dimanche du temps ordinaire. Huit heures du matin Honoré s’éveille . Je n’ai pas sommeil. C’est l’heure de la messe. Nous sommes les derniers. On prie à guichets fermés. Il n’y a plus de place dans l’église sur les bancs, on nous offre des chaises en plastique tout près de la porte. Il faut se saisir de la feuille blanche pliée en deux qui suit le déroulé de la messe pour accompagner l’assemblée.

Sur les ABSIDES de larges fenêtres font entrer la lumière et surtout la fraîcheur. Malgré l’heure JEUNE MATINALE IL RÈGNE UNE CHALEUR INFERNALE QUE, heureusement, SEIZE VENTILATEURS ESSAIENT De LEUR MIEUX de dissiper. Le plafond de l’église ressemble à l’étrave d’un bateau. Un orchestre accompagne la messe, je distingue trompette, guitare, maracas, basse. A l’entrée de l’église j’ai repéré mon copain d’enfance Alexius qui m’a appris la chasse aux ramiers à coups de banza (lance-pierres) et la pêche aux ouassous (écrevisses) à l’épuisette. Vient l’homélie et le curé dit que nous sommes tous des ministres de Dieu. Un ministre s’est fait pour servir les autres, pas pour se servir. Un ministre est un esclave de Dieu. Notre ministère est de propager la parole de Dieu. Il n’y a pas de grade dans les ministères, pas de premier ministre, pas de ministre d’état, pas de ministre délégué, nous sommes tous les serfs de Dieu. Comme le dit Marc, 10.43:

Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi.

Puis l’officiant en habit vert rappelle que la fête des défunts c’est le 2 novembre et non le premier novembre. Et qu’il ne suffit pas d’acheter des lumignons et des fleurs et visiter les cimetières pour effectuer son ministère. Il faut aussi prier pour les défunts. Faire dire des messes en leur honneur. À un moment je m’ éclipse discrètement après avoir versé mon obole de 1€ au moment de la quête et je m’assois devant l’église sur un banc. Je regarde la ville de mon promontoire. Je me souviens que le presbytère de cette église sert de cadre à la série anglaise Meurtres au PARADIS (DEATH in PARADISE) où elle se transforme en bureau de police de la ville d’Honoré. Une femme commence à s’installer pour vendre ses gâteaux à la fin de la messe.

Ite missa est. Tout le monde se précipite vers son véhicule. Il est 9h. Je pars pour la plage de Leroux. Em espérant qu’il n’y aura pas de MEURTRES CE DIMANCHE au paradis de l’île St Marie

L’huile de carapate artisanale de Man Philétas

C’est l’huile rare, essentielle. Élaborée en petites quantités infinitésimales quand la santé le permet car Man Philétas est diabétique et avance difficilement avec un bâton mais assaisonne toujours avec entrain son poisson et celui des autres quand on le lui demande.

Avec son mari Edmond , pêcheur agriculteur de Deshaies avec qui elle a lié son destin depuis 59 ans et mis au monde dix enfants, Catherine, une demoiselle Youyoutte de Gosier, épouse Philétas, forme un couple attendrissant la quatre-vingtaine bien sonnée. Dans les hauteurs de Deshaies à Caféyère c’est là que se prépare l’huile de palma christi, huile carapate artisanale de Man Philétas.

Il faut d’abord récolter les graines de carapate (Ricinus communis), les extraire de la gousse piquante de carapate séchée au soleil.

On les trie, les passe au tamis, pour éliminer tous les résidus, pailles, pierres, morceaux de bois, qui pourraient s’y trouver. Puis on les grille au feu de bois comme on fait griller les cacahuètes, on broie les graines dans un pilon ou dans un moulin artisanal et on en obtient une pâte  que l’on met ensuite à bouillir dans un grand chaudron d’eau. Chacun a sa recette gardée jalousement. L’huile remonte à la surface. On la récupère à la louche. Le litre de cette huile essentielle coûte 100€. La petite bouteille 10€. L’HUILE DE CARAPATE AIME VOS CHEVEUX ET VOTRE PEAU. Vous pouvez l’utiliser en massages, contre les rides, les vergetures, les cicatrices, ou contre la grippe en la mélangeant à des feuilles d’oranger, ou en purge à raison d’ une cuillère à soupe à laquelle vous avez ajouté du sel. LE FAIT QU’ON EN GRILLE LES GRAINES donne à l’huile carapate CETTE COULEUR AMBREE Et le parfum de cacahuète. ELLE ÉTAIT RÉPUTÉE DANS LE VAUDOU FAIRE POUSSER LES CHEVEUX SUR UN CRÂNE Sec qui se transformait en tête de sirène.

MAIS ON L’UTILISE AUSSI POUR LES PURGES. C’EST LA FAMEUSE HUILE DE RICIN. CELLE QU’ON TROUVE DANS LE COMMERCE EST Blanche ou mieux jaune, CAR ON NE LA GRILLE Pas. Elle est pressée à froid.

Cette huile de carapate est aussi connue sous LE VOCABLE abusif de Jamaican castor seed oil. JE DIS ABUSIF CAR LE CARAPATIER POUSSE PARTOUT DANS LE MONDE TROPICAL ET PAS SEULEMENT EN JAMAÏQUE ET QUE LE CASTOR N’A RIEN À VOIR DANS L’AFFAIRE. Aussi très utilisée au Brésil. ELLE EST ISSUE DU CARAPATIER QUI LA-BAS S’APPELLE Mamona ou carrapateira. A Haïti on l’appelle lwil maskriti qui est une appellation dérivée de palma christi.

Cette huile est utilisée aussi industriellement dans les solvants, les laqués, les cires, les biodiesels. Mais elle est hautement toxique et mortelle si absorbée en grandes quantités. Car la graine de carapate contient une protéine appelée ricine qui peut provoquer la mort rapide chez les hommes comme chez les animaux. Des travaux sont en cours par l’Embrapa au Bresil pour enlever toute sa toxicité à la graine de carapate et la rendre propre à l’alimentation animale.

Cahier d’un retour vers Juniper natal

Chaque vol transatlantique est l’occasion pour moi de découvrir, outre de fabuleux couchers de soleil, un ou plusieurs univers musicaux inexplorés. Entre tous les artistes résidents d’îles et d’archipels épars, à ma disposition sur le vol Level 8001 à destination de Juniper natal, j’ai choisi d’écouter à 12191 m d’altitude:

Sonar contigo (3:06) qui date de 2008 et de l’album Los Mares de China, Estela (4:06), Me gustas (3:31), Mil veces prefiero (3:40), Ella era Mala (4:08), Quien sabe (3:59), de Zenet sorti en 2018 sur l’album « Sonar contigo. Una coleccion de sus grandes canciones 2008-2018 ». ZENET, c’ est plus précisément Antônio Melledo Escalona, né à Malaga en 1967, acteur, compositeur, plasticien espagnol. Un album sensuel, oh so mellow, une compilation des plus grands succès en espagnol qui mélange salsa, samba, chá cha chá, bossa nova, tango, bolero, smooth jazz, jazz manouche, en langue espagnole. L’album au total fait 38 minutes et propose dix morceaux métissés qui vous traversent comme des flèches en forme de contrebasse, D, accordéon, de clarinette, de flûte ou de trompette acérées lancées par Cupidon et Apollon…Les paroles sont toutes de Javier Laguna.

Dans la catégorie jazz and blues j’ai aimé aussi tout au long des 6859km et inflation qui me séparent d’Orly W à Juniper l’album de Slowly Rolling Caméra, intitulé prophétiquement « Juniper » . HUIT morceaux qui semblent comme des oies sauvages qui chevauchent les nuages pendant une expérience sensorielle de 42 minutes. « Juniper » le morceau qui donne le titre à l’album c’est déjà 7:45. Suivent Helsinki (5:56), A THOUSAND LIGHTS (2:47), HYPERLOOP (5:30), CROSSINGS (7:08), Nature’s ratio (1:58),The Outlier (5:31), Eight Days (5:53). JUNIPER C’EST ESSENTIELLEMENT Dave Stapleton aux claviers, Deri Roberts à l’électronique et Eliot Bennet à la batterie.

Envolez-vous, boussoles !

J’entame avec « Crossings » mon cahier d’un retour vers « Juniper » natal. Crossings veut dire traversées mais je lui préfère chemins de traverse, voire croisées de chemins, carrefours, peut-être avec un fromager ou un arbre fruitier géant du type corossolier ou prunier de Cythere au pied duquel des offrandes placées à la nuit louve amadouent les mille lumières ruisselantes des dieux d’ailleurs. BANANES, MELON, CAFE GUY LESUEUR, Prunes de cythere, Rhum Damoiseau, ananas. Sucre de canne. EAU DE SOURCE Saint Jude. LAIT.

Traverses, traversées, sur un radeau de vagues, confluences, mon cahier n’aura aucune page, ni même une couverture, aucun « point, sautez à la ligne » . Son ossature c’est le passage secret et souterrain d’un rhyzome à l’autre et c’est la sève qui perle, aux virgules aussi jalousement gardées que la Toison d’Or, qui écrira elle-même l’histoire singulière de ce retour, de ce retour d’un outlier, pas un outlaw, un outlier. Sonnez trompettes, résonnez saxos et trombones. Here I Come. Le retour à Juniper. Pas Jupiter. Juniper. Ulysse l’avait bien dit. Mieux vaut une Ithaque que mille Helsinki. Heureux qui comme Ulysse. Moi mon Ithaque c’est Juniper, et mon cahier ne perd rien pour attendre. Peut-être qu’une simple écriture à l’encre de Chine sur du papier Canson aurait suffi, suffit et suffira. Je ne sais. J’arrive comme une hyperbole qui a tourné viré sauté maté huit jours en boucles, huit jours de carnaval. C’est le ratio de la nature. Je n’ y peux rien. J’arrive. Le palmier sous lequel jadis mon nombril fut enterré est-il mal caduc ou plein de sève rhyzomique encore? Et la vague molle et fuyante comme une fourmi folle sur laquelle j’avais oncques tatoué mon nom saura-t-elle retrouver la mémoire enfouie de la surface de papier buvard? J’arrive. Sonnez hautbois, résonnez musettes. Il revient le divin enfant. JUNIPER, pays natal, prépare-toi. Medee revient. Oubliés Jasons, oubliés Égée. OUBLIEES MEDEES. Medeos revient au pays de ses pères.

Un chemin de croix païen entre Athènes et Astypalea.

Monter à l’Acropole. Un jour de pluie. Un dimanche de septembre. Le dernier. On se perd entre Dyonisios, Athena, Poseidon, des temples, des théâtres démantibulés par le temps, des odéons dédiés à Hercule et autres héros mythiques, on se fraie un chemin de croix entre les milliers de parapluies et de cirés multicolores de toutes nationalités tendus vers les cîmes de l’Acropole.

Sur les sentiers pentus qui mènent vers cet objet international du désir des chats se recroquevillent ici et là . Des âmes charitables leur proposent ça et là des caresses, de l’eau, le gîte et le couvert. Je me demande quelle est la relation intime qui lie la Grèce et les Chats. Sont-ils angora, sont-ils siamois, sont-ils persans ? Sont-ils des descendants ou des avatars de Platon ou d’Aristote ?

Aujourd’hui l’entrée des lieux saints est gratuite. Les dieux sont-ils tombés sur la tête ? Au lieu de 10€, pas un centime. Il faudrait normalement payer 20€ pour avoir accès à tous les lieux saints mais aujourd’hui et depuis hier, au nom de la culture européenne on rase gratis. LA FOULE EST AU RENDEZ-VOUS. Merci Missié ZEUS, merci Man ATHENA. VOUS ÊTES DANS LE FONDOC DE MON COEUR.

LES OLIVIERS, LES FIGUIERS, LES BOUGAINVILLIERS, LES CITRONNIERS ET LES PINS tendent leur échine et ronronnent de plaisir SOUS LA CARESSE DE LA PLUIE PHILOSOPHALE. PAS DE TRACE DE MANGUIERS NI DE COCOTIERS sous la bannière bleue et blanche.. L’ASIE MINEURE N’EST PAS LOIN. AU LOIN ON VOIT LA MER. AU LOIN SE DRESSENT DES COLLINES où semble régner l’olivier D’OU L’ON PEUT CONTEMPLER LES SIÈCLES ET LES NUAGES. NOUS REDESCENDONS piano sano. AVANT DE VOIR A DISTANCE LE PARTHENON NOUS NOUS PERDONS DANS LES RUELLES. Nous nous métamorphosons en FLÂNEURS SOUS LA PLUIE De 10 HEURES À 18HEURES 30, voilà de la belle exégèse, voilà de la belle philosophie. LA FAIM COMMENCE À NOUS TITILLER. JE VOUDRAIS MANGER DES GOMBOS POUR CE PREMIER VRAI REPAS ATHENIEN. SORTIR DU GYROS SEMPITERNEL.

ON COMMENCERA PAR UN VERRE D’OUZO. MELTEMI GATSIOS, Established 1878.

Penélope prend de la morue frite avec une sauce à l’ail (8,50€) et moi un kleftiko, un civet d’agneau frites (11,00€).

À défaut de gombo on mangera de l’agneau. Le restaurant Aityio est notre station deuxième de la Mangueira d’Athènes. Et la musique résonne en live sous la houlette de deux guitaristes chanteurs . Je ne saurai dire quel style. Je ne connais de nom que le sirtaki. Disons que nous sirtakons tranquillement, à la roue libre les bras croisés en sirotant le Marc étrange d’un café hellenico.

« Where are you from? » nous demande un couple grec installé à une table voisine

« GUADELOUPE, West Indies, Caribbean, and she’s from Bahia, Brazil. » dis-je tout orgueilleux.

« NICE place there. » Et elle mime un papillon. Tiens, les Grecs connaissent la Guadeloupe !

« Il y a une île en Grèce loin d’ici qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la Guadeloupe » me fait-elle comprendre.

« Tiens, tiens et comment s’appelle-t-elle cette île papillon jumelle ? »

« Astypalea. »

Alors je trinque aujourd’hui à la santé d’Astypaléa et de toutes les îles-papillons éparses et mystérieuses du Dodécanèse et d’ailleurs dont je n’ai pas encore foulé le sable.

« Ouzo, pour tout le monde ! »

Hugues Tiburce et son pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora

La vie est étrange parfois. Ce matin j’ai visionné sur YouTube ce reportage de Blaise Mendjiwa intitulé La Diaspora antillaise au Cameroun. J’ai suivi la démarche de nombreux antillais expatriés regroupés au sein semble-t-il du club caribéen de Yaoundé. Monique Malo (MQ)(enseignante en mathématiques), Annick Namco (GP)(architecte), Gilbert Joséphine (GP) (chef d’entreprise), Dominique Foussé (MQ)(avocate), Véronique Pokossy Doumbé, Annette Hell (AG)(enseignante en anglais, originaire d’Antigua), Charlotte Plantadit née vers 1938 en Centre Afrique et fille d’un monsieur Plantadit (GP)de Sainte-Anne, arrivé en Centrafrique vers 1918 (commerçante retraitée). Élmire Maga, Marlène Ossendo (médecin, enseignante), Reine Békoué (GP), évoquent leur parcours dans ce pays d’Afrique de 475 millions de km carrés allant du golfe de Guinée au lac Tchad. Ils évoquent l’entraide, l’esprit de famille, le partage à l’africaine. La plupart sont depuis 40 ans installés au Cameroun et apparemment bien intégrès dans la bourgeoisie camerounaise. Le reportage m’a beaucoup intéressé. J’aurais néanmoins voulu voir leur famille, leurs enfants et voir comment ces derniers se situent par rapport à leurs origines. Je note ce besoin malgré le temps passé en Afrique de se plonger dans son antillaise puisque finalement on se retrouve entre soi au sein du Club Caribéen de Yaoundé. La loi camerounaise ne reconnaissant pas la double nationalité personne n’a pris si je comprends la nationalité camerounaise, préférant pour certaines raisons non explicitées conserver la française sans doute. Certes j’entends « je suis 100 pour cent Camerounaise » , « mi-antillais, mi-camerounais » mais ma question est d’emblée après 30ans de vie dans le pays parles-tu la langue ou plutôt l’une des langues du PAYS ? Quelle est ta relation avec l’une des 300 TRIBUS ? Quels bamilékés, Peuls, Ibo ?

Ce qui en revanche m’a intéressé plus encore c’est l’information sur le site historique, vestige de la traite transatlantique Bimbia, port d’esclaves stratégiquement situé entre Sénégal et Angola, d’où selon l’ethnologue américaine Lisa Aubrey 166 cargaisons d’êtres humains seraient parties à bord de bateau ancrés au large de Nicholls Island vers la Guadeloupe et Antigua par exemple. D’ailleurs on ne devrait pas dire traité transatlantique ou traité négrier ni slave trade, transatlantique ou transaharienne. On devrait appeler cette souffrance, ce traumatisme, cet holocauste on devrait l’appeler par son nom africain en Kiswahili: MAAFA. Plus que le trafic mis en évidence à Gorée (appelée en réalité Ber) au Sénégal. Tout cela au sud-ouest du Cameroun, à 60 km de Douala et à 20 km au nord de la ville balnéaire de Limbé. Sur 45 hectares on se replonge dans la Traversée du Milieu. Bimbia est d’ailleurs devenu depuis peu un lieu de pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora et d’écotourisme où de nombreux Afro-Américains se rendent depuis les années 2010 quand les tests ADN leur ont permis de localiser leurs ancêtres dans la région du Cameroun. Lisa-Marie Aubrey tout comme les autorités camerounaises luttent pour obtenir le classement du site de ce port négrier comme site du patrimoine mondial.

Concurrence des mémoires oblige. Comment choisir entre Ouidah au Bénin, Gorée au Sénégal, Elmina au Ghana et Bimbia au Cameroun ? Quel dilemne .

Et je ne sais pas trop pourquoi, après avoir vu ce reportage j’ai pensé à Hugues Tiburce. HT EST UN COUSIN QUE JE N’AI JAMAIS RENCONTRE PERSONNELLEMENT. NOUS CORRESPONDONS PAR ÉMAIL DEPUIS ENVIRON 3 ANS ET C’EST LUI QUI M’A DONNÉ L’IDÉE DE COMMUNIQUER SUR LA TRANSMISSION, CE QUI A DONNÉ NAISSANCE À CE SITE POLYGLOT TROTTER QUE J’AI CRÉÉ EN DÉCEMBRE 2016. J’AURAIS VOULU QU’IL Y COLLABORE AVEC D’AUTRES MAIS JE ME SUIS RETROUVÉ SEUL À LA MANŒUVRE.

Il m’a contacté au mois de mars 2018. Il voulait qu’on se voie à Paris en avril lors de l’escale qu’il y ferait en avril avant de se rendre au Benin où il pense avoir retrouvé des Ancêtres de notre origine commune Fronton. Je le sentais au comble de l’ excitation. Mais moi j’étais à l’époque à Mayotte, donc notre rencontre n’a pas été possible.

Je vous publie néanmoins la teneur de son email concernant les motivations de son voyage.

« Bonjour cher cousin,

Je reprends contact avec toi après avoir passé des mois pleins d’occupations bonnes et de mauvaises.

Durant mes moments de bonne santé relative, j’ai pu avancer sur mes recherches et réflexions. J’ai aussi avancé sur mon projet d’écriture et je souhaite échanger sur le sujet avec toi .

Je serai en France du 2 au 5 Avril en direction du Bénin et je te propose de te rencontrer dans cette période.

Je vais au Bénin à l’invitation d’un dignitaire du Royaume d’Abomey qui participe à l’organisation d’un colloque sur Toussaint Louverture dont les parents étaient issus du Royaume d’Allada.

J’y vais aussi afin de rencontrer des dignitaires des Adjigo à Agoué et à Aneho au Togo. Ils acceptent de faire l’éloge panégyrique des familles Adjigo et Alliés, en particulier les KPONTON et les QUAM DESSOU.

Des initiés vont aussi peut être réciter la litanie de ces familles et du peuple Guin.

Je poursuis l’idée de m’éclairer sur les conditions de vie et de capture des Fronton que tu as aussi repérés dans les registres d’esclaves de 1848, à Sainte Rose, Grand-Bourg et Bouillante. J’en recherche aussi à Gourbeyre.

Ces personnes sont parents et ont été déportés ensemble en Guadeloupe: ils ont tous (presque) déclaré leur nom aux différents officiers de l’état civil à l’abolition. Ils ont prononcé leur nom (qui était certainement connu et usité) avec l’accent propre à leur langue (Guin/Ewé/Fon ?). Ce nom a été écrit naturellement (et correctement ?!?) à la française, comme de nombreux autres noms enregistrés à Bouillante. Ils s’appelaient KPONTON (ou KPONTON QUAM DESSOU). La prononciation du son [KP] (labio vélaire) peut rappeler aux français le son [F] . D’ailleurs certaines personnes de ce nom au Bénin ont vu l’état-civil de l’administration coloniale française transformer leur non en FONTON (le cas de l’ancien ministre de l’urbanisation , Noel FONTON). Le clan de cette famille a été en position très défavorable durant la période mouvementée de 1818 à 1828, dans la région de Grand Popo, Petit Popo au Bénin/Togo.

Certains d’entre eux furent capturés et exilés. Leur nom signe leur engagement et porte un caractère nobiliaire au niveau de leur petite société.

Concernant les MAKOUBI/MAKOUBY j’ai aussi avancé un peu et je dois aller prendre des informations historiques au Congo.

Je recherche des informations sur l’évolution des effectifs des habitations de Bouillante, Sainte-Rose, Gourbeyre, Saint-Claude et Marie-Galante. Je recherche aussi des données sur les navires au départ de la Côte Ouest et à l’arrivée en Guadeloupe. Je vais consolider quelques contacts à Paris prochainement.

J’espère pouvoir t’entretenir plus longuement sur ces sujets et susciter ton intérêt pour travailler ensemble sur un projet.

J’attends de recevoir ta proposition de rendez-vous.

A bientôt et amicalement.

Hugues LAMI

0690352045

Voici ma réponse du 19 mars 2018

« Salut, cousin Hugues, content de te savoir en pleine forme et plein de projets. Je m’inquiétais un peu de ton silence. Je suis actuellement moi-même en Afrique de l’Est à Mayotte depuis le mois d’août dernier où je travaille comme enseignant. J’ai donné ma démission et je rentre en France le 8 avril. Du 11 au 18 je serai à Nice pour fêter l’anniversaire de ma femme et nos 5 ans de mariage brésilien. On ne pourra donc pas se voir aux dates que tu me proposes mais peut-être à ton retour du Bénin. Dis-moi quand tu rentres de là-bas, là ce sera jouable à partir du 19 avril je n’ai aucun projet. La retraite ce sera à partir du 1er août 2018. Mon grand projet c’est une tentative de retour aux Antilles. Je serai en Guadeloupe avec ma femme pour minimum 6 mois à partir du 16 octobre 2018. J’ai déjà réservé via airbnb pour le premier mois à Deshaies. Je cherche à louer à prix raisonnable un T2 minimum meublé avec internet pour la période qui va du 16 novembre au 16 mai. J’ai déjà quelques pistes mais si tu as un bon plan fais-m’en part. L’idéal pour moi ce serait Basse-Terre ou Saint-Claude mais en réalité ça peut être n’importe quelle commune de Guadeloupe.

Ton projet Bénin 2018 est faramineux, je suis scotché ! On nage en plein Roots ! Le Alex Haley de la Guadeloupe ! Intéressantes, tes recherches socio-histo-philosophico-généalogiques qui font entrer même la phonétique du phonème [kp] qui se prononce [f] . Du coup je vais me replonger sur l’examen de ces FRONTON ! Quant au projet que tu souhaites évoquer avec moi pour qu’on travaille ensemble mon intérêt est suscité, ne t’inquiète pas ! D’écriture, d’ADN mitochondrial ou autosomal, de généalogie ou autre, peu importe, tu peux compter sur moi. Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné la force d’ouvrir mon blog polyglottrotter.com comme témoignage d’une vision, d’une mémoire guadeloupéenne du monde, même si symboliquement j’appelle mes Guadeloupes Wolfok !

J’ai beaucoup lu sur le Dahomey/Bénin quand j’habitais au Brésil et en particulier j’ai connu à Salvador de Bahia où j’habitais l’ethnologue et photographe Pierre Verger (1902-1996), auteur du livre Fluxo e refluxo do trafico de escravos entre o golfo do Benin e a Bahia de Todos os Santos dos séculos XVII a XIX

Je ne suis pas adepte du candomble mais je suis assez bien familiarisé avec les cultes voduns, les orishas, etc

Je te souhaite une bonne plongée dans tes racines. Je t’appellerai un de ces jours, avant ton départ !

Kimbé réd ! Jean-Marie Baltimore »

Nous nous sommes parlé au téléphone la veille de son départ et depuis plus de nouvelles.

Après avoir vu le reportage je vais l’appeler aujourd’hui même. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et peut-être ne nous rencontrerons nous jamais mais c’est ma famille, un descendant Fronton comme moi. Il a six mois de plus que moi. Nos racines plongent pour certaines quelque part dans le golfe de Guinée. Ce sont des liens invisibles, des rhizomes marins et ultramarins qui nous structurent et nous ramènent sans cesse à la porte du non-retour. C’est dramatiser un peu selon moi que considérer comme le fait le reportage l’Océan Atlantique comme « le Styx, le fleuve de l »enfer et de l’oubli », car la mer n’a pas de mémoire: elle lave sans cesse, par flux et reflux successifs les roches et les plaies, les récifs comme les morts béantes, en concertation avec la lune qui rituellement s’y abreuve parfois du côté de Bimbia !

Qui sait si moi aussi je n’effectuerai pas mon test ADN un de ces prochains jours et que je ne m’inscrirai pas à un de ces pelerinages Roots and Reconnection Cameroon trip and Bimbia Pilgrimage. Le prochain est prévu entre le 26 décembre 2018 et le 7 janvier 2019. Moi j’hésite car je n’ai jamais aimé les voyages organisés. Contact si cela vous intéresse: rootsreconnection@gmail.com

Mes trisaïeux, quadrisaïeux, quinquisaïeux en 1848

On est tous autant que nous sommes le sosa numéro 1 d’une infinité d »ancêtres. Chaque trisaïeul nouveau, chaque quadrisaïeul nouveau, chaque quinquisaïeul nouveau que je retrouve est pour moi un moment de bonheur intense. Comme une nouvelle naissance. et parfois il m’arrive comme aujourd’hui de faire le point. cette fois-ci j’essaie de voir la situation de mes ancêtres en 1848, moment charnière s’il en est pour une majorité de nos ancêtres caribéens, puisqu’il marque pour bon nombre d’eux la fin de l’esclavage.

Bouillante (Guadeloupe)

Sosa 4O le père de Monrose (inconnu) décédé.

Sosa 41 Magdeleine : Elle a 65 ans, est née à Bouillante, et habite Habitation E. Lafages. Le père de son fils Monrose dit Petit Frère est décédé. Monrose (mon sosa 20) a 35 ans et habite habitation D. Bertrand.

Il a eu deux enfants avec Jeannille (30 ans) (mon sosa 21) qui après voir vécu en 1839 sur l’habitation veuve Lafages, habite désormais sur l’habitation Mineurs Bertrand avec ses deux enfants St Prix agé de 8 ans et demi et Etienne agé de 7 ans.

Jeannille est la fille de mes sosa 42 ( Jean) qui a 54 ans et habite habitation veuve Noel Sabine et sosa 43 Désirée (67 ans) qui elle vit habitation mineurs Bertrand avec sa fille Delphine (43 ans) et le fils de cette dernière Ambroise agé de 15 ans

Saint-Claude (Guadeloupe)

Mes sosa 44 et 45 sont inconnus. Ce sont les parents de mon sosa 22 (Benjamin Louisy) qui lui a 15 ans et vit sur l’habitation Ducharmoy.

Mon sosa 23 c’est Emerance, la future épouse du sosa 22. Elle a 6 ans à l’époque et après avoir vécu habitation veuve André Arnoux habite en 1848 habitation Petit Parc

Les parents d’ Emerance sont Léandre 42 ans (mon sosa 46) vivant sur habitation Pelletier et Victorine (sosa 47) agée de 25 ans qui a vécu sur l’habitation veuve André Arnoux mais qui en 1848 se trouve sur l’habitation Petit Parc

Les parents de Léandre, François (mon sosa 92) agé de 83 ans et Magdelonette (mon sosa 93) agée de 71 ans vivent tous deux habitation le Pelletier et sont deux de mes rares quinquisaieux repérés.

Grand-Bourg (Marie Galante) Guadeloupe

Demoiselle Elisa, mon Sosa 37, couturière, née en 1799, ne connaîtra pas la lumière de 1848. Elle meurt le 27 novembre 1847. En 1848 son clan est représenté par ses enfants Saint Père, 29 ans et neuf mois, Champfleury, vingt-six ans et neuf mois, (mon sosa 18) Firmin, vingt-deux ans et neuf mois, tous trois charpentiers. Ces derniers ont tous été affranchis en 1834 avec leur mère sur demande d’un certain Joseph Leduc, apparemment colon et potentiel Sosa 36 qui meurt en 1841, veuf depuis 1815, laissant deux filles de son mariage legitime: Irène qui aura 40 ans en 1848 et Marie Louise Celina âgée de 36 ans et mariée depuis 1841. Virginie Cécile est fille d ‘Elisa, née jumelle en 1839 et a donc 9 ans. Cette même année de 1839 la famille a perdu trois de ses membres: Irma le 18 septembre, Ernest le 29 septembre et Josephine Cecília 27 novembre.

La future épouse de mon sosa 18 est Anaïs Marguerite , mon sosa 19, qui est âgée de 16 ans. Elle a été affranchie en 1834 à l’âge de deux ans. Sa mère, mon sosa 39, est une demoiselle Marguerite âgée de 56 ans. Mon sosa 38 pourrait potentiellement être un sieur Leroux, puisque à un certain moment elle se fait appeler à la naissance de l’un de ses enfants Anaïs Leroux.

Case Pilote (Martinique)

Alfred, mon Sosa 48, est né en Afrique. Il a 27 ans. Mon sosa 49 c’est Judith qui elle est née à Case-Pilote et qui a 24 ans. Ils ont une fille Berthilde Hubble née en 1845. Ils ne le savent pas encore mais peut-être pensent-ils à mettre en route leur premier fils. Ce sera dans un an avec la venue de Bertrand Hubbel (mon SOSA 24) en novembre 1849.

Le père de Judith est inconnu. C’est mon sosa 98. EUGÉNIE, la mère de JUDITH, est mon sosa 99. Elle est née à Case-Pilote et est décédée

A Case Pilote, mon sosa 50 s’appelle Charles Anin. Il a 16 ans. Celle qui deviendra son épouse, Anne Azoune Theotiste (Sosa 51), est née à Ducos en Martinique de Demoiselle Theotiste (Sosa 103) et est âgée en 1848 de 12 ans.

Le père de Charles, Sylvain Nelson Anin, est mon sosa 100. Il est affranchi depuis 5 ans et a 33 ans. Son épouse , mon sosa 101, se nomme Antoinette et le mariage à eu lieu en 1843. Antoinette est la fille de Sophie Élisabeth, mon Sosa 203, née en 1783. Le couple a deux enfants Marie Berthilde (4 ans) et Marie Justine (2 ans)

Mes sosa suivants Jacques dit Isaac (sosa 200) et Françoise Anastasie Anin agée de 57 ans (sosa 201) sont les parents de Silvain Nelson. Leur deuxième fils Léon reste esclave jusqu’en 1848. Françoise Anastasie Anin est affranchie depuis cinq ans environ en même temps que son fils Sylvain Nelson Anin.

Mon Sosa 111 c’est Marie Noelle Zulma, mulâtresse, elle est âgée de 37 ans, affranchie depuis octobre 1833 sur la demande de Joseph Marcel. C’est la fille de Coralie, mon Sosa 223, née en 1799 donc âgée en 1848 de 49 ans. Zulma a 8 enfants survivants sur 10 dont Josephine Thuriaf, capresse, âgée de 6 ans, mon SOSA 55, dont le père est Joseph Thuriaf, 43 ans, (mon Sosa 110)(nègre créole affranchi sur demande du même Joseph Marcel le 28 janvier 1840) avec qui elle est mariée depuis janvier 1843. Joseph Thuriaf est le fils de Sophie (Sosa 221) née en 1792 et donc âgée de 56 ans. Sophie a eu de nombreux enfants avec Jean-Louis Darsoulant, âgé d’environ 20 ans de plus qu’elle. elle a comme enfants survivants Jean (30 ans), Louise dite Jolotte (23 ans), Sully (20 ans), Gustave (16 ans), Lucia (15 ans) . Ces enfants seront légitimés en 1851. Joseph est-il le fils de Jean-Louis ? Mystère et boule de gomme !

Josephine Thuriaf épousera bien plus tard Louis Alphonse Celestine (mon Sosa 54) âgé alors de 7 ans. Ce dernier est le fils de mon Sosa 109, Marie Celestine Rogemont, âgée de 35 ans.

Tout cela pour vous donner un petite idée (incomplète, je vous le concède volontiers) de la situation de mes ancêtres entre Guadeloupe et Martinique, aux îles sous le vent en 1848.

On a souvent l’habitude de considérer les ancêtres de cette époque en Guadeloupe comme en Martinique comme des êtres égarés, hébétés, éparpillés aux quatre coins cardinaux des îles sous le vent, sans lien entre habitations. Je m’attache pour ma part à essayer de retracer les attaches familiales invisibles que font apparaître les donnéees généalogiques.

Ce que je veux montrer c’est  que l’on ne prend en compte que les survivants.            Voyez par exemple le cas de Sophie Thuriaf. Elle accouche en théorie de  Joseph Thuriaf, le premier fils en 1808 et le deuxième en 1818. Dix ans de différence entre les deux. Pour moi ce n’est pas crédible. Elle a pu avoir des enfants avant et après. D’un même père Jean-Louis Darsoulant ou de plusieurs. Ce n’est pas parce que Jean-Louis reconnaît ses enfants et les légitiment lors de son mariage ultérieur en 1851 que ces enfants sont forcément les siens. et ce n’est pas non plus parce qu’il ne reconnaît pas son fils Joseph Thuriaf en 1851 qu’il n’en est pas le père.

Je dirais même plus. Ce n’est pas parce que quelqu’un en 1848 lors de l’abolition reconnait un enfant comme le sien que c’est obligatoirement son enfant. C’est peut être celui de son frère ou de sa soeur décédée, C’est peut-être tout simplement une adoption. tout cela n’est que du bon sens sur lequel l’analyse des pratiques d’aujourd’hui en matière de naissances, reconnaissances et adoptions devrait nous inciter à réfléchir.

Ne soyons pas manichéens. Les structures de la parenté sont complexes (Mauss et Levi-strausss l’ont démontré), partout à travers le monde et l’esclavage a certes considérablement effacé les réseaux entre l’Afrique et le Nouveau Monde mais n’a pas réussi à gommer les liens qui unissaient dans ce nouveau Mone les descendants de ces exilés malgré eux qui ont réussi malgré tout à maintenir un système parental qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui dans nos sociétés caribéennes post-esclavagistes