Au bal aérien des maringouins nul ne sait qui est mâle, qui est femelle

A l’embouchure de la rivière Nuit commence le bal des maringouins. Ce ne sont ni marins ni gouins, d’ailleurs pour être parfaitement honnête il faudrait rebaptiser ces diablesses-la des maringouines car seules les femelles vous sucent le sang comme si c’était du punch coco. Oui nos cousins maringouins font du bruit, aboient à l’orée de vos oreilles certes mais ne mordent pas. À cause de ces demoiselles derebenales assoiffées de globules des générations entières de maringouins sont mis au ban de la société de la bienséance. Et comment savoir si l’être volant et suceur de sang est mâle ou femelle ? Comment faire le distinguo ? Je n’ai jamais craint ces vampirellas ivrognes et amatrices de boudin pimenté comme le mien. Jamais je ne me suis ondoyé de vinaigre pour faire face aux piqûres de ces volantes à deux ailes aux têtes plus petites que des épingles. Ces moucheronnes sont semble-t-il allergiques à mon sang mâtiné aux sources chaudes de la rivière Bouillante. Mon corps tatoué de tafia ne leur a jamais donné visa ni pour les ampoules ni pour les démangeaisons . Ces incommodes arrivent parfois en vrombissant sur le basané de ma chair comme dans un dessin animé de Woody Woodpecker, se cognent la trompe sur ma peau rêche qui leur inflige trois décharges de secousses électriques et repartent la queue basse sans demander leur compte. Appelez en tupi ces cousines, mauvaises larronnes, par leur nom original, maruim, mais toutes les variantes patronymiques mordent autant : marangwen, marangwon, mayengwen, mayangwen, mayangwan, marwen, marengwen…et pendant que ces dames s’amusent et se vautrent telles des truies illuminées dans leur bauge sanguine ces messieurs végétariens font la sieste et maudissent les dieux et esprits qui les ont affublés de ce sexe faible qui les prive de ces délices humains et animaux et les condamne à n’aspirer de leurs trompes faites pailles que Riqlès , Great ou cocos à l’eau.

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La plus longue éclipse lunaire totale du siècle entre au revoir et adieu

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Ce soir 28 juillet 2018 la lune va subir sa plus longue éclipse, la plus longue éclipse totale de ce vingt-et-unième siècle. A 21H30 heure française l’astre passera du cuivré aux 99 nuances de rouge et orange pour parvenir à 22H20 à la lune de sang, la lune rousse.. Cela durera au total 103 minutes, nous dit-on. Exactement 1 heure 42 minutes et 57 secondes. Le soleil, la terre, Mars et la lune resteront alignés sur le même horizon puis chacun reprendra sa dérive. Puis la lune sortira de l’ombre de la terre à partir de 23H13 et à 1H28 elle redeviendra comme à son habitude blanche. Et moi je continuerai en rêvant ma drive d’astronomie. Je ne sais trop si je dois dire au revoir à l’éclipse ou adieu.

Je n’aime pas trop le mot adieu car il implique une vision divine. On pourrait dire aussi en Dieu. C’est un peu une vision latine puisqu’on a aussi adeus em portugais, adios en espagnol, addio en italien où Deus e Dios e Dio sont les synonymes parfaits de Dieu. Mais au moment d’une éclipse totale de lune tous les êtres ont un rapport intime avec leurs instincts archaïques, leur moi primal.

Ce n’est pas par hasard si dans le Nouveau Testament et le livre des Révélations l’apôtre Jean dans Apocalypse 6:12 évoque un soleil noir comme un sac de crin (black as sackcloth of hair) (negro como saco de cilicio) (negro como un saco e cilicio) (nero come il carbone) et une lune rouge comme sang. Tout cela apparaît après un tremblement de terre terrible quand le messager, un agneau ouvre le sixième sceau.

Et la suite n’est pas très réjouissante dans Apocalypse 6:13

Les étoiles du ciel tombent sur la terre comme lorsqu’un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes

On parle dans les versions française et anglaise de noir comme un sac en toile de crin (de chèvre ou de chameau) alors que dans la version portugaise et espagnole on parle de cilice, (negro como um saco e cilicio)(negro como saco de cilicio) une sorte de vêtement de bure que l’on utilisait pour se mortifier.

Que dit la version latine de ce jour de colère?

12 et vidi cum aperuisset sigillum sextum et terraemotus factus est magnus et sol factus est niger tamquam saccus cilicinus et luna tota facta est sicut sanguis

13 et stellae caeli ceciderunt super terram sicut ficus mittit grossos suos cum vento magno movetur

Ne finassons pas: le soleil n’est pas d’actualité, ce soir il ne sera pas disent les astronomes noir comme un sac de cilice mais ne devrions pas nous méfier un tout petit peu de cette lune de sang ?

Moi j’irai avec un parapluie car je ne veux pas me prendre des figues vertes sur la tête et des rafales de sang. J’ai bien regardé la météo. Les orages ne sont pas impossibles ainsi que le tonnerre et la foudre. J’ai déjà pris un petit café au lait et au chocolat pour dernier viatique !

Adieu ou au revoir. Goodbye or farewell, até logo ou adeus !

En fait de lune en menstrues je n’ai même pas vu de lune. Il est 22H54. Mais j’ai vu des centurions romains sous l’Arc de Triomphe de Saintes et des feux de bengale sous les colonnes à chapiteau dorique.

Inch Allah

Inch Allah, ici à Mayotte, se Deus quiser au Brésil, s’il plaît à Dieu, aux Antilles, demain est toujours laissé au bon vouloir, au caprice du Roi. Appelez ce roi Allah, Dieu, Deus, Bondye, God be change rien à l’affaire. Demain ne nous appartient pas selon les croyants, nous ne sommes que des fetus de paille entre les griffes des Éternels et Tout-Puissants. Du foetus au tombeau notre destinée serait tracée au scalpel par des dieux ex machina qui se joueraient en parties de dominos ou de chamboule-tout nos destinées. Demain, amanhã, tomorrow, domani serait donc du domaine de l’imprévisible, de l’inaccessible, de l’inatteignable, de l’indicible, du divin. 

C’est sans doute pour cette raison, cette appartenance au divin, que demain s’est fait la spécialité des devins, des oracles, des liseurs de bonne aventure, des marabouts, des gadedzafe, des voyants, des cartomanciennes et des pythies. Demain nous disent-ils tous en choeur est inscrit dans les lignes de votre main, dans le marc de café, dans les coquillages, les fameux búzios, dans les aléas jacta est, dans les volutes de fumée, dans les vapeurs d’alcool, dans les cartes, dans les astres et la conjonction des lunes et des planetes. 

Demain selon d’autres est lié intimement à nos gènes, à nos chromosomes, ceux hérités de nos mères, ceux hérités de nos peres. Tout serait dessiné, planifié, soigneusement mis en archive avant même notre conception.

Autrefois tout souverain qui se respectait avant de prendre une décision quelconque ayant trait au futur ne manquait pour rien au monde de consulter les augures. On faisait appel au chaman en charge, au druide, au sorcier , au mage de service et après avoir sacrifié bouc, veau, vache, donzelle ou donzeau a la divinité dominante du lieu pour lui offrir un bol de sang bien frais on en consultait les entrailles. Oui on devait décider si elles étaient de bon ou de mauvais augure. Et malheur au devin voyant magnetiseur qui se trompait dans ses prédictions.

Moi je me plais à penser que chaque être humain est nourri par ses propres cycles irrationnels. Appelez ces cycles dieux ou démons, esprits, elfes, peu importe. Moi je les nomme cycles irrationnels. Ce sont des moments saisonniers qui reviennent en boucle dans notre vie toujours aux mêmes périodes de l’année. Moi c’est février et septembre. Ce sont des phases cycloniques ou demain n’a plus de sens car hier et aujourd’hui se battent en duel dans un calme impressionnant au milieu de l’oeil du cyclone.

Dans la mesure ou demain défie toutes les logiques, je me plais à vivre aujourd’hui pleinement. Je ne thesaurise pas mon futur. Je peux en dresser quelques esquisses mais aussi vite que je les ai esquissees je les efface et je je laisse mon crayon tracer des signes cabalistiques qui a vue d’oeil ne sont guère que des gribouillis mais qu’avec le temps j’ai appris à décoder et à re signifier.

Et pour paraphraser Rosemonde Gérard dans son poème à Edmond Rostand et en même temps Jacques Faizant et ses amoureux à l’ancienne qui se becotent sur   les bancs publics je dirai ceci à ce fameux demain intouchable si séduisant, lointain et secret: je t’aime aujourd’hui bien plus qu’hier et bien moins que demain.